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Des terres virtuelles encore viergesCybersyndicats Yves MARTINEAU 27.02.01 La nouvelle économie va mal: chute incessante du NASDAQ, mises à pied et fermetures d'entreprises qui hier encore se croyaient destinées à faire fortune... Dans un tel contexte, les travailleurs commencent à aspirer à davantage de sécurité et souhaitent donc recourir aux bons vieux syndicats. Mais généralement, syndicats et Internet ne font pas bon ménage, surtout pas au Québec... «Il est encore difficile de former un syndicat sur Internet », explique Louis Cauchy, directeur des communications au Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ). Plusieurs employés sont en fait des travailleurs autonomes qui, n'étant pas salariés, ne peuvent se syndiquer. De plus, il est fort difficile de joindre les employés des sites web, puisque la plupart d'entre eux ont généralement moins de contacts avec leurs collègues que dans les secteurs plus « traditionnels ». « La main-d'oeuvre du cyberespace n'a pas de domicile fixe, elle n'appartient pas à une unité de travail facilement identifiable, pouvait-on déjà lire dans le journal du SFPQ du 4 décembre 1998. Isolée et souvent obligée de négocier seule toutes ces conditions de travail, elle devient l'otage des fluctuations du marché du travail et de l'abus de l'entreprise privée ou étatique ». Une des tâches des organisations syndicales consiste donc à rompre cet isolement. « Le moyen que nous souhaitons utiliser pour joindre les employés est le serveur des entreprises, par les courriels des employés fournis par leur compagnie », explique M. Cauchy. Cette démarche, déjà entreprise en Europe et aux États-Unis, a été longuement contestée par les employeurs. Selon Luc Bentz, de l'Union nationale des syndicats autonomes à Paris, « rarissimes sont les entreprises où il est admis que le réseau interne puisse être utilisé à titre syndical. Il en va de même pour l'utilisation du courrier électronique». Toutefois, une décision juridique rendue le 6 février dernier par le plus haut tribunal d'Espagne pourrait changer cette situation. En effet, l'audience nationale, l'équivalent de la Cour suprême du Canada, a reconnu le droit à la section Banque du syndicat Confédération des travailleurs Commissions ouvrières de « diffuser des informations d'intérêt syndical à ses membres directement par courriel sur leur lieu de travail ». L'employeur, la BBVA, l'un des plus grands groupes bancaires du pays, avait placé un filtre qui empêchait toute communication électronique depuis le serveur de l'entreprise. À l'avenir, cette démarche condamnée en justice permettra fort probablement aux syndicats du monde entier d'utiliser les portails Internet sans risque. « Cette décision confirme notre volonté de consolider le droit des salariés syndiqués dans la nouvelle économie, un secteur qui compte de plus en plus de travailleurs », commentait le secrétaire général du syndicat espagnol, José Maria Fidalgo. Pour que les communications à des fins syndicales soient valides, elles doivent se faire de façon confidentielle. Or, le tribunal correctionnel de Paris statuait, le 2 novembre 2000, que le courrier électronique était bel et bien une « correspondance privée », donc confidentielle. Cybertravailleurs autonomes Autre difficulté pour joindre syndicats et cyber-employés: la question des travailleurs autonomes. Il s'agit d'ailleurs de l'un des aspects traités par le projet de réforme du Code du travail, sur lequel le gouvernement statuera bientôt. Le projet de loi 182 visant à modifier le Code du travail inclura, s'il est adopté, la possibilité pour les travailleurs autonomes de se regrouper, et ainsi de former des associations syndicales. « Il y a aussi la question des "travailleurs autonomes dépendants", c'est-à-dire les travailleurs ayant un seul employeur, avec un bureau au sein de l'entreprise qui fait affaire avec eux , de dire Clairandrée Cauchy, présidente du Conseil permanent de la jeunesse. Un Code du travail modifié donnerait à ces travailleurs le statut et les droits qui vont avec ce qu'ils sont vraiment, des employés salariés. Ils n'ont de travailleur autonome que le nom. » Il n'y a pas de statistique précise sur le statut des employés d'Internet au Québec, mais il apparaît que la plupart sont des jeunes diplômés. Et, contrairement au préjugé fort répandu, il ne faut pas croire que les jeunes sont moins portés à vouloir se syndiquer. Un sondage CROP réalisé en 1998 pour le compte de la FTQ révélait que 54% des travailleurs non syndiqués de moins de 25 ans souhaitaient le devenir, contre 30% du reste des employés non affiliés. Cependant, ces jeunes semblent avoir peu de soutien des grands syndicats. «Par le passé, il n'y a jamais eu de campagne pour rejoindre les travailleurs d'Internet », de dire Marie-Andrée L'Heureux, du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) à Montréal. Au département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal, la syndicalisation des futurs travailleurs d'Internet n'est pas encore un thème qui a soulevé les passions. « On n'a pas encore été sensibilisés jusqu'ici », concède Sang Nguyen, le directeur du département. Si aucune vague de syndicalisation n'a encore eu lieu au Québec, il y a tout de même des actions qui se préparent. « Notre syndicat est en train de développer des infrastructures pour des campagnes de syndicalisation chez les employés d'Internet », avance Louis Cauchy, du Syndicat de la fonction publique. Selon La Presse du 19 février, il n'y aurait eu à ce jour que deux tentatives de syndicalisation dans le domaine de la nouvelle économie dans la Belle Province, soit chez CAM Internet, un fournisseur d'accès, et Canoë, une filiale de Quebecor. Des syndicats ont déjà été formés aux États-Unis et en Europe, mais ce ne fut pas sans heurt: plusieurs employés y ont laissé leur emploi ou ont dû souffrir de pressions énormes de la part de leurs employeurs. Est-ce que ce sera le cas ici aussi ? |
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