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La création hors les murs
Nada Raphaël 24.04.01
Pour Fady Atallah, producteur au sein de la compagnie Bluesponge à Montréal, faire un film au Liban est un parcours chargé d'écueils: «Je ne pourrai pas faire le film que je veux faire là-bas, pour des raisons politiques». Il a produit un vidéoclip à partir d'une chanson libanaise, avec le réalisateur Ralph Dfouny, qui a été interdit au Liban pour des raisons politiques. Au Liban, la fiction n'est toujours qu'un reflet plus ou moins fidèle de la réalité. Le cinéma est une (voire la seule) source de défoulement. L'urgence Olivier Séguret, journaliste à Libération, et envoyé spécial à Beyrouth lors du deuxième Festival international de films en 1998, s'exclame: «Il faut compter avec une opiniâtreté que 15 années de guerre ont rendu naturelle, un désir de filmer comme on en rencontre rarement, un besoin absolu de cracher, sur une pellicule de film ou une bande vidéo, quelque chose d'urgent (...), un peu à l'image des générations d'écrivains européens qui se jetèrent dans les bras de la littérature juste après la Première Guerre mondiale pour y coucher l'horreur.» Dimitri Khodr, cinéaste et membre fondateur deBeyrouth DC (Coopérative du développement de Beyrouth), un organisme qui aide à la production et à la promotion des arts libanais au Liban, affirme: «Les films libanais, de par leur expression, illustrent une certaine angoisse. Chacun d'entre eux est une lueur d'espoir.» Une lueur d'espoir, oui... quand le film a la chance d'être diffusé et arrive à rejoindre le public. Censure, moyens économiques très restreints, les opportunités ne sont pas nombreuses. Quelques organismes tentent de faire parler les jeunes et de les encourager à faire renaître un cinéma libanais. SHAMS («Shabab», jeunes; «Masrah», théâtre; «Sinama», cinéma), une coopérative pour le cinéma et le théâtre indépendants au Liban, produit des films et des festivals depuis déjà deux ans. Les diverses universités libanaises tentent aussi d'ouvrir des portes internationales à leurs étudiants. Et Lebanus, une association humanitaire et culturelle établie au Liban, à Paris et à Montréal, tente de promouvoir la culture libanaise à l'intérieur même du pays et à l'étranger. Un mur infranchissable Pour la troisième année consécutive, Lebanus a organisé un festival de courts métrages libanais à l'Office national du film de Montréal, le 8 avril dernier. L'occasion de faire découvrir un foyer ardent de cinéastes en herbe. Maha Haddad fait partie de ces jeunes réalisateurs. Lors de l'édition 2000 du festival, elle présentait son film TurieB («Beirut» à l'envers). Le court métrage met en scène Marwa, une Libanaise de 24 ans, qui crée un dialogue avec sa caméra vidéo comme un témoignage de son incapacité à communiquer avec son entourage, avec sa ville, Beyrouth, qu'elle adore et qu'elle rejette. Une forme de catharsis pour la réalisatrice qui avoue: «Marwa, c'est moi. C'est la jeune génération au Liban, ce qu'on endure psychologiquement quand tout le monde essaye de prétendre que ça va.» De nombreux artistes se heurtent à un mur, actuellement infranchissable. Au Liban, un film ne peut pas dépasser un budget de 100 000 dollars américains, d'où la nécessité des coproductions. Malgré tout, les courtsmétrages libanais pullulent et les machinistes, réalisateurs, ingénieurs de son, monteurs sont tous techniquement à la page des nouvelles technologies. Mais les jeunes quittent le Liban pour étudier le cinéma à l'étranger ou pour débuter leur carrière à Montréal ou en France. Pas de cinéma national Fady Atallah, lui, croit au potentiel du cinéma libanais. Il doute toutefois de son avenir: «Aujourd'hui le Liban est remis entre les mains du destin et le cinéma est le plus touché par cette incertitude.» Nasrallah Saad, diplômé au Liban et monteur à Montréal, croit quant à lui à l'identité du cinéma libanais, mais doute qu'il y ait un jour une industrie libanaise. Mouna Andraos n'y croit pas non plus: «Le seul véritable cinéma libanais qui existe est à l'étranger.» Une opinion confirmée par Christine Asfar, scénariste et réalisatrice installée à Montréal. «Ce sont les Libanais qui quittent le Liban qui vont faire quelque chose du cinéma libanais». Si la coproduction est nécessaire pour faire renaître ou du moins pour créer un cinéma national, les cinéastes libanais, où qu'ils soient, sont prêts à s'investir. D'ailleurs, le réalisateur Ziad Doueiri l'a entièrement prouvé: son film West Beirut a percé les toiles internationales grâce à son expérience au Liban, à son émigration aux États-Unis et à la coproduction dont il a bénéficié. |
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